Cette semaine, j'étais en réunion.
Et ça ne se passait pas comme je voulais.
Je sentais la tension monter. Cette petite voix dans ma tête qui analyse, qui anticipe, qui cherche à reprendre le contrôle.
Sauf que ce truc-là - ce type de situation - j'avais décidé de ne plus y mettre d'énergie. J'avais choisi mes priorités. Et cette réunion n'en faisait pas partie.
Je le savais.
Mais sur le coup, c'est comme si je ne contrôlais plus rien.
Peut-être que toi aussi, tu connais ça.
Tu as réalisé que tu ne pouvais pas tout porter.
Tu as commencé à vouloir faire le tri. Et pourtant, tu te retrouves encore à te prendre la tête pour un détail avec une amie, à ruminer une remarque au boulot, à ressortir épuisé(e) d'une conversation avec tes parents.
Et le soir, c'est double peine : tu t'en veux. Parce que tu sais que tu mets de l'énergie là où tu ne devrais plus.
On croit que décider suffit.
Que quand on a choisi ses nouvelles priorités, l'ancien monde s'efface. Qu'on arrête automatiquement de stresser pour les trucs qu'on a décidé de lâcher.
Mais non. Les vieux réflexes sont toujours là. Le stress se déclenche encore sur les mêmes trucs qu'avant.
Tu t'es raconté une histoire sur qui tu devais être dans cette situation : au boulot, dans cette relation, sur ce projet.
Et aujourd'hui, tu décides que non, finalement, ce n'est plus ta priorité.
Sauf que ton corps, lui, n'a pas fait la transition. Et tu te retrouves à réagir comme l'ancienne version de toi. Celle qui donnait tout.
Pourquoi c'est si dur de lâcher ?
Dans ces moments-là, si tu as aussi ton projet à côté que tu as commencé ou pour lequel tu aimerais faire plus de place, tu peux te dire : "Tant que t'es salariée, c'est normal de t'investir."
Oui. Mais il y a une différence entre bien faire son travail et se laisser bouffer émotionnellement par des trucs qu'on ne contrôle pas.
Tu as pris l'habitude de te battre pour des sujets et valeurs qui étaient importants pour toi. Sauf qu'entre temps, ceux-ci ont changé. Et pour autant, tu continues d'y accorder une charge émotionnelle.
Peut-être que c'est juste un vieux réflexe. Le cerveau décide vite. Tandis que le corps et les habitudes... ça met du temps à suivre.
Parce que décider de lâcher quelque chose, ce n'est pas appuyer sur un interrupteur.
C'est un deuil. Le deuil d'une version de toi que tu as construite pendant des années - à force d'efforts, d'investissement, de "c'est important, donc je donne tout".
Je le vois dans plein de situations. Avec mon compagnon, par exemple : on pouvait se faire des remarques à chaud, pour des trucs pas vraiment importants. Et on passait des heures sous tension, à tourner en rond sur un détail. Un jour, on a réalisé qu'on dépensait une énergie folle pour des choses qui n'en valaient pas la peine. Ça n'a pas changé du jour au lendemain. Mais cette prise de conscience, c'était déjà un premier pas.
En plus, tu culpabilises.
Le piège c'est qu'on croit qu'une fois qu'on a compris, c'est réglé. Mais non. Comprendre, c'est pas ressentir. C'est là que la double peine s'installe :
D'abord, tu n'arrives pas à lâcher prise. Il se passe un truc - une réunion, une remarque, une conversation - et tu sens la tension monter. Alors que tu t'étais promis de ne plus mettre d'énergie là-dessus.
Ensuite, tu te rends compte que tu n'y arrives pas. Tu te dis "lâche, c'est pas ta priorité". Tu le sais. Et pourtant, ton corps ne suit pas. L'émotion est toujours là. Le stress tourne en boucle.
Et c'est ça le plus dur : pas le stress lui-même. Mais plutôt de constater que savoir ne suffit pas.
Car tu as pris l'habitude de lutter. Lutter pour faire passer tes messages, lutter pour aligner tes arguments, lutter pour chercher des réponses ou des solutions dans des situations qui étaient, avant, importantes pour toi.
Le corps a sa propre mémoire.
Eckhart Tolle en parle bien dans Le Pouvoir du Moment Présent : lutter contre une émotion (la culpabilité, le stress, la paresse...) ne fait que l'amplifier. Plus tu te bats contre ce que tu ressens, plus ça persiste. L'idée, c'est d'accepter l'émotion pleinement, sans la juger. La laisser être là. Et paradoxalement, c'est comme ça qu'elle finit par passer.
Mais bon. Facile à dire. Plus dur à vivre.
Ce qui m'aide aujourd'hui
Mark Manson dit un truc qui m'aide : on a un nombre limité de combats qu'on peut mener. Choisir où mettre son énergie, c'est aussi accepter qu'on ne sera pas parfait(e) partout ailleurs.
Et attention, je ne dis pas qu'il faut devenir indifférente à tout.
Mais plutôt de te poser la question :
- Est-ce que ce combat mérite mon énergie ?
- Est-ce qu'il sert ce que je construis vraiment ?
Alors maintenant, quand ça m'arrive, j'ai une phrase. Pas une injonction. Plutôt un recadrage calme :
"Ce n'est pas ma priorité. Ma priorité, c'est X,Y,Z. Le reste, c'est du détail. Garde la tête froide."
Je ne vais pas te mentir : ça ne marche pas à chaque fois.
Il y a des jours où la tension monte quand même.
Où je me surprends encore à ruminer pour des trucs que j'avais décidé de lâcher. Où le mantra ne suffit pas.
Mais la différence avec avant, c'est que je ne me flagelle plus pour ça.
A 25 ans, j'ai découvert cet idée "d'alignement" et de "priorité" ensemble. Je m'étais inscrite à une formation, "Atomic Timing", pour mieux gérer mon temps et mes priorités. Je n'ai même pas réussi à la finir... Mais quelque chose a quand même infusé. Des lectures, des prises de conscience par petites touches. Pas de déclic spectaculaire, pas de transformation du jour au lendemain.
Juste un chemin. Trois ans plus tard, je suis toujours dessus.
Je sais que c'est un processus. Que le cerveau va plus vite que le corps. Que décider n'efface pas des années de réflexes en une nuit.
Alors si toi aussi tu te retrouves à stresser pour des choses que tu voulais lâcher - et que tu t'en veux de ne pas y arriver - peut-être que le premier pas, c'est juste ça : arrêter de te battre contre toi-même.
Pas lâcher prise sur tout.
Juste sur la culpabilité de ne pas être parfaitement aligné(e).
Le reste viendra. À son rythme.