C’est ce que j’ai toujours pensé.
Pendant des années, j'étais incapable de dire non sans me justifier.
Même avec mes amis proches.
Une soirée où je n'avais pas envie d'aller : je ne disais jamais "je suis fatiguée, on remet ça ?".
Non.
J'inventais des excuses : "je me sens pas bien", "j'ai des problèmes en ce moment". Comme si la vraie raison (juste être crevée) n'était pas suffisante, et pas acceptable.
Avec mon copain, c'était pire. J'étais incapable d'identifier quand quelque chose franchissait mes limites. Je me retrouvais à faire la tête toute seule, sans savoir pourquoi, sans arriver à mettre des mots dessus.
Puis un jour, chez ma psy, j'ai fini par avouer ce qui me faisait vraiment peur : pour moi, dire non, c'était déclencher le conflit. Provoquer une dispute. M'exposer à une réaction violente et des cris.
Sa réponse m'a désarçonnée : "Personne d'un minimum équilibré ne va te crier dessus parce que tu dis ce que tu penses."
Simple. Évident peut-être pour beaucoup.
Mais je ne l'avais jamais envisagé comme ça.
Elle m'a proposé d'essayer en terrain familier : dans mon couple.
Juste dire ce que je pensais vraiment, et observer ce qui se passait.
J'ai essayé. Et à chaque fois, c’était bien reçu. Pas de conflits. Pas de cris. Juste une conversation normale.
C'est là que j'ai compris.
Le vrai problème n'était pas les autres
C'était le jugement que je portais sur moi-même avant même d'ouvrir la bouche. Je me condamnais pour un crime que je n'avais pas encore commis.
On parle souvent d'estime de soi. De se répéter qu'on est "quelqu'un de bien". Mais face à la culpabilité de dire non, ça ne marchait pas pour moi.
Me dire à moi-même "tu es une bonne personne" alors que je me sentais égoïste sonnait faux.
Comment je fais aujourd'hui
- Déplace ton curseur
Ce qui a marché, c'est de changer de question.
Au lieu de "est-ce que j'ai le droit de dire non ?", qui appelait toujours un jugement, j'ai commencé à me demander : "pourquoi ça me fait si peur ?"
Pas pour me flageller. Juste pour comprendre. Avec curiosité plutôt qu'avec un éternel jugement intérieur.
En gros, faire appel à l'auto-compassion. Pas se convaincre qu'on est formidable. Mais juste arrêter de se traiter plus durement qu'on traiterait n'importe qui d'autre.
- Inverse les rôles
Quand je sens la culpabilité monter au moment de refuser quelque chose, j'utilise un truc simple : j'inverse les rôles.
Si c'était l'autre personne qui me disait non, est-ce que je la trouverais égoïste ? Est-ce que je lui en voudrais de poser ses limites ?
La réponse, à chaque fois : non. Je respecterais. Ou au minimum, même si ça ne m'arrangeait pas, j'accepterais.
Alors pourquoi est-ce que je m'accorde moins de respect qu'aux autres ?
Et toi, si tu retournais la situation, est-ce que tu te jugerais aussi sévèrement ?