Quand ma fille est née j'ai eu l'impression d'avoir perdu tout le temps que j'avais, mon énergie, mes moments rien qu'à moi.
Les journées de travail qui, avant, n'avaient pas de fin, devaient se terminer maximum à 18h30 pour aller chercher ma fille. Pas de négociation possible.
Mais là, quelque chose d'étrange s'est produit.
Je me suis rendue compte que j'étais capable de fournir autant qu'avant, alors que j'avais des horaires bien plus restreints.
Comment c'est possible de faire autant, voire plus, avec moins de temps ?
Construis ton cadre
Ces derniers mois, je me suis posé une question : qu'est-ce qui fait que parfois j'arrive à faire plein de choses, et parfois j'ai l'impression de n'arriver à rien ?
Après plusieurs mois d'essais et d'échanges avec mes collègues, j'ai compris quelque chose d'important : une méthode unique, aussi bonne soit-elle, ne fonctionne pas pour tout le monde.
La vraie question n'est pas : "Comment être organisé(e) et structuré(e) pour faire avancer mes idées ?"
Mais plutôt : "Quel cadre me convient le mieux pour avancer, même quand je suis au minimum de mon énergie ?"
Et en creusant, je me suis rendue compte qu'il me manquait trois éléments essentiels :
1. Mon Why
Pourquoi je fais ce projet ? Qui va-t-il servir ? Quels sont les impacts attendus ? Sans réponses claires à ces questions, je tournais en rond.
2. De la clarté
Être dans un brouillard permanent, c'est l'assurance de ne jamais avancer. Je passais plus de temps à me demander "par où commencer ?" qu'à réellement faire.
3. Un système de gestion fiable
Et c'est là que ça coinçait vraiment. Mon système n'était pas fiable. Du tout.
Je documentais à moitié mes actions. Résultat : je passais 30 minutes chaque jour à me demander où j'en étais, à chercher ma todo, à essayer de me souvenir de ce que j'avais décidé trois semaines plus tôt.
J'avais l'impression d'avoir un disque dur saturé à la place du cerveau. Mon système était juste inadapté à mes vraies contraintes.
Si tu ne sais pas pourquoi tu le fais, ne le fais pas
Si tu ne sais pas POURQUOI tu le fais, si ça ne correspond pas à tes propres aspirations... tu tiendras quelques semaines. Peut-être quelques mois. Puis tu abandonneras.
Tu dois savoir pourquoi tu veux aller au bout de ce projet ou de cette idée.
Et la raison doit être alignée avec TES envies, TES besoins. Pas ceux de tes parents (je plaide coupable sur ce point), pas ceux de tes amis, pas ceux de tes voisins.
C'est pour ça que j'aime bien la méthode des 5 pourquoi. À l'origine, elle a été créée chez Toyota pour résoudre des problèmes de production.
Le principe est de se poser la question "pourquoi ?" cinq fois de suite pour creuser jusqu'à la vraie raison, celle qui se cache sous les couches de bonnes intentions et de "il faudrait que".
Parce que quand tu fais les choses pour les autres mais pas pour toi, tu puises en continu dans ta réserve d'énergie.
Le matin, tu te lèves déjà un peu vidé(e). Tu vas au boulot. Tu donnes de l'énergie. Tu rentres. Tu t'occupes de tout ce qu'il faut faire. Tu continues à puiser. Et le soir, quand arrive enfin le moment pour ton projet - celui qui est censé être pour toi - il ne te reste plus rien. Tu es sur les genoux.
Ta réserve d'énergie ne se remplit jamais. Ou trop peu. Parce qu'elle se vide pour des choses qui ne te nourrissent pas vraiment.
Mais quand tu sais POURQUOI tu fais quelque chose, quand c'est aligné avec ce qui compte vraiment pour toi : ça ne puise pas ton énergie. Ça la recharge.
C'est la différence entre finir ta journée épuisée en te demandant "pourquoi je fais tout ça ?" et finir fatigué(e) mais satisfait(e) parce que tu as avancé sur ce qui compte.
Savoir pourquoi tu fais quelque chose, c'est la seule façon de tenir sur le long terme.
Tes priorités, tu les connais déjà
Quand j'ai commencé à travailler, je me suis vite retrouvée sous l'eau, à ne jamais trop savoir par quoi commencer. Résultat : je me rabattais par défaut sur des tâches rapides avec peu de valeur ajoutée. Celles qui donnent l'impression d'avancer sans vraiment faire avancer ce qui compte.
Et le nombre de fois où je me suis retrouvée devant ma todo en me disant : "Mais qu'est-ce que j'avais voulu dire par 'Réfléchir au projet' ?"
Maintenant, je sais un truc : dès que tu ajoutes de la précision dans ta todo, tu libères ton cerveau. Tu lui dis : "J'ai mis ça à l'écrit, tu n'as plus besoin d'y penser. Je pourrai y retourner plus tard."
Aujourd'hui, tu as peut-être déjà un endroit où tu notes ta todo. Mais quelque chose ne va pas. Tu te retrouves à procrastiner ou à t'épuiser sans trop savoir pourquoi.
Dans 90% des cas, c'est l'un de ces deux problèmes :
1. Ta tâche est trop vague
Tu ne sais pas concrètement par quoi commencer, alors tu la repousses.
→ La solution : Ajoute un verbe d'action + rends-la ultra-précise.
Exemples :
"Prospecter sur Facebook" devient → "Envoyer un message à trois prospects"
"Trouver des partenariats" devient → "Contacter les trois magasins proches de chez moi"
2. Ta tâche est trop grande
Elle te paraît tellement énorme que ton cerveau refuse d'y toucher.
→ La solution : Découpe-la en micro-actions tellement petites qu'elles en deviennent ridicules.
Exemples :
"Lancer mon projet de bijoux" devient :
→ "Créer ma page Instagram"
→ "Ajouter une première photo"
→ "Acheter mes 3 prochains matériaux"
etc.
Et là, miracle : ta tâche n'est plus une montagne. C'est juste pleins de prochain petits pas.
"T'es bien gentille, mais j'ai trop de choses à faire"
Je sais. Le quotidien, c'est un torrent de tâches qui s'accumulent : la maison, les enfants, le taf, la famille... et ton projet. Ce truc qui a du mal à bouger parce qu'il y a toujours "trop de choses importantes à faire".
Quand j'ai commencé à faire enfin de la place pour moi, mes envies, mes projets, j'ai réalisé que je ne pourrais pas tout faire.
Je dois avouer qu'au début... c'était difficile à accepter.
Alors je courais partout. Les lessives, le linge propre et rangé dans l'armoire de ma fille, une cuisine impeccable, un frigo rempli, m'apprêter pour aller au travail, jouer avec ma fille, lire des histoires, exceller à mon job, ET travailler sur mon projet.
Evidemment, au bout de 3 semaines, j'étais épuisée sans trop savoir pourquoi.
Mais une chose était claire : je ne pouvais pas faire "tout comme avant" si je voulais avoir du temps pour moi. Impossible de tout faire à 100%.
Alors j'ai commencé à appliquer la règle des 80/20 pour quasi tout.
Des micro-arbitrages, tous les jours qui restent alignés avec mes priorités :
- Scroller et commenter sur Linkedin VS envoyer mes messages de prospection
- Sortir dîner tard avec des amis VS leur proposer plutôt un déjeuner
- Terminer la vaisselle VS travailler sur mon programme
Clairement, je ne suis pas la personne la plus modèle en termes de rangement et de standards de beauté. Mais ça tombe bien, parce que ce n'est justement pas ma priorité.
Tout ça pour dire : une fois que tu te concentres sur les tâches qui te prennent 20% d'énergie et qui te rapportent 80% de résultats, il te reste encore pas mal d'énergie et de temps pour faire autre chose.
Et ce "autre chose", ça peut enfin être de prendre du temps toi.
Tu sais ce qui compte, mais ça ne tient jamais longtemps
Il y a quelques années, je me suis rendue compte d'un truc frustrant : ce n'était pas que je ne savais pas ce qui était important pour moi. C'est que mes bonnes résolutions ne tenaient jamais face au quotidien.
Le problème, ce n'était ni ma motivation, ni ma volonté. C'était mon système.
Parce qu'un système qui ne tient pas face aux imprévus du quotidien, ce n'est pas vraiment un bon système. C'est juste une liste d'intentions qui s'effondre dès la première réunion qui déborde ou le premier soir où tu es épuisée.
Alors voilà ce qui a changé la donne pour moi :
J'ai arrêté de chercher du temps "en plus"
Ces 10 minutes que tu cherches désespérément ? Tu les as déjà. Quelque part avant le réveil des enfants, quelque part après leur coucher, quelque part entre midi et deux quand tu scrolles sur les réseaux ou quand tu prends ton café.
Si tu avais 10 minutes de plus chaque jour, qu'est-ce que tu en ferais ? Comment les utiliserais-tu ?
Et souvent, derrière "j'ai pas le temps", il y a autre chose. Parfois, ce n'est pas ta priorité du moment. Parfois, ce n'est pas assez important pour que tu veuilles vraiment lui accorder du temps. Et c'est totalement acceptable. Mieux vaut le reconnaître que te culpabiliser.
J'ai respecté mon rythme naturel
Pas celui des autres. Pas celui des "routines de CEO qui se lèvent à 5h". Le mien.
J'ai découvert il y a quelques années, le modèle des chronotypes de Michael Breus (aussi appelé le "Power of When").
Et cela m'a beaucoup aidée à comprendre quand est-ce que je pouvais travailler sur des choses complexes, et quand est-ce que je devais accorder du temps aux plus petites tâches.
Le principe est simple, le chronotype serait génétiquement déterminé et est inscrit dans ton ADN : cela détermine si tu retrouves un bon niveau d'énergie plutôt le soir, ou le matin.
Michael Breus identifie 4 profils basés sur nos rythmes circadiens naturels :
L'Ours (55% des gens) : se réveille avec le soleil, productif avant midi, s'adapte bien au 9h-17h.
Le Lion (15-20%) : ce sont les "lève-tôt" naturels. Ultra-productif le matin, au lit avant 22h.
Le Loup (15-20%) : se réveille tard, pic d'énergie l'après-midi et le soir, se couche après minuit.
Le Dauphin (10%) : sommeil léger et irrégulier, difficulté à s'endormir, souvent anxieux.
Quand j'ai compris que j'étais plutôt Lion, j'ai réalisé que si tu ne respectes pas ton rythme naturel, c'est un combat quotidien. Tu te forces, tu culpabilises, tu t'épuises.
Alors j'ai arrêté. J'ai arrêté de me forcer à être productive dès 6h du matin. J'ai commencé à travailler avec mon rythme, pas contre lui.
Et tout est devenu plus simple. En fait, une fois que tu as conscience de ton niveau d'énergie sur ta journée, tu sais caler tes tâches importantes et complexes sur ce créneau.
J'ai fais mon test il y a quelques années, tu peux t'y essayer aussi pour vraiment savoir à quel chronotype tu appartiens (3 minutes à remplir) : https://sleepdoctor.com/pages/chronotypes/chronotype-quiz
J'ai créé trois niveaux d'engagement
Parce que ton système ne tiendra pas si tu vises la perfection tous les jours. Tu peux avoir la meilleure motivation du monde, sans outils adaptés à la phase de ta vie dans laquelle tu es, ça ne durera pas. Pas parce que tu es feignant(e), pas parce que tu manques de volonté, mais parce que la vie, c'est bordélique.
Alors maintenant, j'ai :
- Les tâches "minimum viables" : ce que je fais les jours où je suis au bout du rouleau
- Les tâches quotidiennes : quand j'ai un niveau d'énergie à peu près normal, sans plus
- Les tâches complexes et stratégiques : quand j'ai vraiment de l'énergie
Avec ça, je n'abandonne plus jamais complètement. Même les pires journées, je fais mon minimum.
D'ailleurs, justement parce que mes journées ne sont pas toutes les mêmes, j'ai organisé mon système ainsi : tâches stratégiques le matin, petites tâches l'après-midi.
Et ça change tout.
Forcer n'est pas la solution
A la naissance de ma fille, je n'ai pas perdu du temps (bon peut-être un peu de sommeil on va pas se mentir). J'ai gagné l'occasion de me mettre à l'écoute de moi-même.
Aujourd'hui, quand j'ai quelques minutes, et que j'ai très envie d'aller sur mon activité "par défaut" - à savoir, scroller sur Instagram - je questionne mon "Why". Si mon "Why" est clair, alors je me demande si ma prochaine tâche n'est pas trop grande, ou trop floue.
Enfin, si mes tâches sont assez précises et atteignables, je regarde mon niveau d'énergie et je choisis une tâche adaptée.
Ce système, je l'ai construit en m'écoutant. Et surtout, je ne culpabilise plus quand je n'avance pas.
Je n'ai plus peur de réorganiser mes journées en fonction de mon niveau de fatigue.
Je sais quelle activité proposer à ma fille en fonction de mon énergie : sortie le matin et coloriage le soir.
Forcer, ça épuise. S'écouter, ça construit 💌